Vumètre / Juillet-Août 2026

Vumètre / Juillet-Août 2026
Par Estève Fabry et Laurent Thorin
Bien souvent dans le monde audiophile, recherche de réalisme ultime de la restitution rime avec gigantisme des enceintes. Pourtant, une taille importante impose de s’éloigner du concept de source sonore ponctuelle ou même de celui de « sphère pulsante ». Et si la réduction de taille constituait la voie pour approcher l’essence même de la haute-fidélité ? C’est la question que s’est posée le concepteur bordelais Stéphane Even pour la Lilli, une toute petite enceinte au format bibliothèque qui en remontre pourtant à bien des grandes.
En acoustique comme ailleurs, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il ne faut pas perdre de vue que répartir des haut-parleurs éloignés les uns des autres sur un baffle frontal aux dimensions généreuses conduit fatalement à l’apparition de problèmes de cohérence de phase au sein de la restitution, notamment dans le médium et l’aigu. L’image sonore perd alors en relief et en précision de localisation de chaque élément sonore qui la compose. À l’opposé, plus une enceinte est de taille réduite, plus elle devient assimilable à une source ponctuelle. Un phénomène qui conduit d’ailleurs certains constructeurs d’enceintes à doter leur production de haut-parleurs coaxiaux. Cependant, si grâce à cela la cohérence spatiale de la restitution est séduisante, la configuration coaxiale peut aussi poser certains problèmes dans le cas d’une architecture non parfaitement maîtrisée.
Disposer d’une enceinte deux voies à deux haut-parleurs de dimensions très réduites propose donc une alternative intéressante pour se rapprocher d’une source sonore ponctuelle, sans avoir à se heurter aux problèmes que posent les architectures coaxiales. Et c’est cette filière qu’ont suivi les ingénieurs de Neodio pour concevoir la petite Lilli, en s’attachant plus particulièrement à la restitution du grave profond, talon d’ Achille de bien des enceintes de petit format.
La Lilli se dote donc d’une architecture deux voies des plus conventionnelles. La restitution du registre grave est confiée à un petit boomer de 100 mm seulement, associé à une charge bass-reflex. Ce transducteur haut de gamme conçu et fabriqué sur cahier des charges du fabricant en France par Kartesian n’a rien à envier aux meilleures productions internationales. Doté d’une très forte élongation, il assure la restitution des basses les plus profondes avec beaucoup d’aisance. Par ailleurs, sa membrane se base sur un cône en aluminium-carbone associant une excellente rigidité à une faible masse. Une spécificité qui garantit l’absence d’ondulations de surface, pour une tenue exceptionnelle qui offre un taux de distorsion particulièrement bas et une excellente réponse aux transitoires.
La modeste charge acoustique de cinq litres seulement associée au boomer occupe la quasi-totalité du volume interne de la Lilli, qu’un évent logé sur la face arrière a pour mission de décompresser. Bien que de dimensions réduites, cette section basses descend avec une belle aisance, puisque Neodio n’hésite pas à annoncer pour la Lilli une réponse en fréquence s’étendant jusqu’à 50 Hz.
La prise en charge de l’aigu est dédiée à un tweeter doté d’un large dôme souple de 28 mm de diamètre, qui vient se loger très naturellement juste au-dessus du haut-parleur médium-grave. Également produit sur cahier des charges, il dispose d’un puissant aimant néodyme lui conférant un rendement élevé. À noter: il prend place sur la face interne de l’ébénisterie, tandis que le boomer vient à l’inverse se fixer sur la face externe. Ce choix permet aux membranes des deux transducteurs d’adopter une localisation coplanaire. Un point de détail? Pas sûr, quand on sait que cela garantit une bonne mise en phase des sources sonores qu’ils constituent.
Comme nous l’avons précisé, les petites Lilli exploitent une architecture deux voies. Un point qui sous-entend, bien évidemment, la présence d’un filtre. Pour cet élément, Neodio a opté pour un filtrage du second ordre. Sa mise au point est le fruit d’un grand nombre d’essais et d’écoutes pour évaluer l’impact, tant subjectif qu’électrique, de chacun de ses composants. Ces derniers, tous de haute qualité, sont le plus souvent le fruit de recherches en interne. Des selfs à air vernies associées à des condensateurs polypropylène sont ainsi mises à contribution. Enfin, l’intégralité du câblage interne des Lilli est réalisée en fil de haute qualité Neodio Fractal 8.
La connectique de l’enceinte, pour sa part, se base sur deux prises banane, conformément à la philosophie contact fiable et faible masse de la marque bordelaise.
Enfin, l’ébénisterie des Lilli opère la synthèse entre neutralité acoustique et compacité. Intégralement produite en France, elle fait appel à des plaques en MDF à haute densité de différentes épaisseurs, afin de répondre au mieux aux contraintes mécaniques qu’engendre la restitution sonore sur les différentes zones du coffret. De plus, pour éviter toute coloration du message et respecter sa limpidité, les flancs de l’enceinte se dotent de disques en acier inoxydable associés à un matériau viscoélastique qui constitue une exclusivité de Neodio.
Lilli a certes été pensée comme un produit haut de gamme qui mérite par conséquent une installation soignée, mais également comme une réalisation polyvalente, capable de rendre justice à un système hi-fi de salon comme à une installation audio-vidéo. À ce titre, vous pourrez l’installer sur une console de chaque côté d’un bel écran plat. Mais c’est surtout en écoute stéréophonique, avec un système hi-fi que vous en sortirez toute la quintessence.
Pour notre part, nous avons réalisé une grande partie de nos écoutes avec un ensemble Atoll PR200/AM200 Evo, l’intégré Heed Obelisk Super Integrated et à l’occasion d’un test croisé pour ce numéro, avec les Aura LCC1/LCP1. Dans tous les cas de figure, nous avons obtenu d’excellents résultats et avons remarqué que les enceintes réagissaient instantanément aux changements réalisés en amont. Un signe évident de maturité et de transparence. Nous avons également identifié que Lilli semblait parfaitement bien gérer la puissance, à partir du moment où l’ampli est de bonne qualité. Encore un gage de performance.
Comme beaucoup de disciplines passionnelles, la hi-fi se nourrit de mythes. Et celui des petites enceintes est l’un des plus vivaces.
En trente ans, nous avons testé une grande variété de micro-enceintes, mais celle-ci est d’une classe à part. D’abord, parce qu’elle est vraiment lilliputienne, d’où son nom, mais également parce qu’elle fait mentir l’idée qu’une petite enceinte ne peut pas procurer un grand son et beaucoup de basses. C’est d’ailleurs une réaction spontanée lorsqu’on installe une paire de Lilli dans une pièce d’un volume confortable. Pourtant, qu’il soit spacieux ou compact, votre espace d’écoute conviendra parfaitement à ces micros-diffuseurs.
Bien installées, elles sont en effet capables de remplir une salle avec une conviction insolente. Avec des amis, nous nous sommes même livrés à l’exercice de l’écoute en aveugle, tout à fait saisissante. En dehors de messages particulièrement chargés dans le grave, on a parfois du mal à se dire que l’on entend une paire d’enceintes hautes comme trois pommes. La qualité première et fondamentale des Lilli réside en effet dans cette aptitude à produire un flux musical aussi puissant qu’énergétique. Stéphane Even n’a jamais caché sa fascination pour les systèmes non bridés, avec lesquels la dynamique peut s’exprimer sans aucune limitation. Il a donc placé cette exigence au sommet de son cahier des charges. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat escompté est atteint.
Comme avec son amplificateur TMA, le son s’exprime en totale liberté, sans inertie, sans entraves autres que celles imposées par la physique. Vous ne pourrez donc pas attendre des Lilli qu’elles reproduisent une fréquence de 25 Hz, ni la pression acoustique d’une paire de membranes de 38 cm. Nonobstant, elles sont tout à fait surprenantes lorsqu’il s’agit de vous procurer des sensations physiques d’envergure. Ce ne sont pas des timides, mais des enceintes extraverties, enjouées, capable de vous embarquer dans un swing dantesque ou dans un groove profond. Avec elles, on peut déguster tout type de style musical, avec toujours la conservation de caractéristiques d’enceintes haut de gamme, en premier lieu par leur excellent pouvoir de résolution. Cette capacité à mettre en évidence les nuances fines des enregistrements les plus subtils comme un quatuor à cordes de Mozart ou une cantate de Bach ravira autant qu’une écoute sur des musiques plus rythmées à d’autres moments.
Grâce à leurs excellentes capacités de dispersion, elles sont tout aussi surprenantes pour de l’opéra ou de grandes masses orchestrales, à condition bien sûr de ne pas écouter à fond de cale, même si les retrancher dans leurs limites n’aura pas été si évident que cela. Car les Lilli encaissent étonnamment la puissance. Mais vous l’aurez sans doute compris, pour parvenir exactement au résultat que vous désirez, le choix de l’amplificateur sera décisif.
Enfin, en belle enceinte miniature qui se respecte, cette compacte Neodio est tout bonnement capable de disparaître au profit de la création d’un espace tridimensionnel fantastique par son degré de liberté et par la qualité de la ponctualité des sources à l’horizon. Tout d’un coup, la performance vivante s’invite dans votre salon, les murs disparaissent, les barrières tombent, le spectacle commence !
Nous l’avons rappelé en préambule, nous restons de vrais amateurs des mini-enceintes, ce d’autant plus lorsqu’elles sont aussi ensorcelantes que les Lilli. En quelques morceaux, nous avons été séduits par ce cocktail de finesse et de force contenu dans un mouchoir de poche. Indéniablement, leur développement a fait l’objet d’une étude attentive et minutieuse pour donner lieu à un résultat tout à fait convaincant, apte à répondre à un grand nombre de configurations. On saluera un produit qui est tout sauf un gadget, juste à considérer tel qu’il est: une enceinte haut de gamme, dans un encombrement minimal.
Au sein d’un environnement adéquat, les Lilli sont capables de prouesses musicales et prouvent une nouvelle fois qu’il ne sert pas à rien de déployer la grosse artillerie pour parvenir à une écoute fluide et contrastée, merveilleusement musicale. Saluons une fois encore les recherches de Neodio pour proposer des solutions hi-fi qui sortent des sentiers battus. En la circonstance, cela nous a remarquablement bluffés.
Vumètre n°66
Juillet-Août 2026

Neodio Origine B2 Orange
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